Intervention Slam à la Maison du livre

Début mars fut inauguré la Maison du livre de Nouvelle-Caléodnie (MLNC).

Les prestations Slam de Paul Wamo et de Laurent Ottogalli ont cloturé les deux semaines d’inauguration.

Le public présent a pu découvrir ou redécouvrir les textes et l’énergie de Paul, qui fut accompagné pour ce live par un danseur de hip-hop.

Quand à Laurent - qui fut le gagnant du concours Slam organisé en 2007 par la bibliothèque Bernheim - il a marqué les esprits avec ces textes cinglants, drôles, touchants, remplis de jeux de mots, de pirouettes et de chutes retentissantes. Comme beaucoup d’artistes, Laurent puise son inspiration dans sa vie, son quotidien, son environnement, mais également dans l’actualité d’ici et d’ailleurs… pour toucher au coeur et mettre les corps en émoi. Vous pouvez lire 4 de ses textes à la fin de cet article.

Voici quelques photos des interventions de ces deux slameurs de Calédonie.

 

 

 

Nak a mal,

de Laurent Ottogalli 

 

Le jeune kanak a mal, seul, au fond du nakamal,

Le jeune kanak est mal, où est l’Etat normal ?

Entre l’Esprit des Lois, et l’autre esprit d’Eloi

Entre les cris d’Attai, et perdre la bataille,

Où chercher la bagarre? la gauche, la droite, Baou,

Où exposer son art ? le Centre, Tjibaou.

Ou pour soigner ses maux, jouer avec les mots,

Des cases noires, des  casse-tête, croiser les mots

Des jeux d’argent Jammot, taquiner Paul Wamo,

Hésiter sur l’épithète, faire chanter l’attribut… 


Le jeune kanak a mal, seul, au fond du nakamal

S’accrocher aux racines, combattre les usines,

S’accrocher aux racines, qui ont si mauvaise mine

Mais voir sa cousine en Une des magazines,

Colorées ses racines, bien roulée dans son jean…

S’accrocher aux racines, en goûter l’amertume

Le cerveau qui s’embrume, en substances se consume

Respecter les coutumes, même les si posthumes ?

Ou travailler en costume, un job qui s’enfume,

Les neurones se parfument, rouler sur le bitume

 

Le jeune kanak a mal, seul, au fond du nakamal

Connaître par l’inné, le beau rôle des ainés

Renaître par l’acquis, paroles de Kanaky

Indépendante souffrance, indépendance souffrante

L’indépendance effraie, mais « c’est la France qui paie »  (chanté)

Non c’est pas ça, « Waipei ipei We Ce Ca »                         (chanté)

Etre fou d’kaneka, ou le foot Anelka

Car en bleu, Karembeu, a trouvé son étoile

S’est retrouvé au top, et modèle, s’épanouit près d’elle

Qui aurait pensé à ces Noces de Cana là, qu’on boirait

D’une coupe à l’autre, avec Antoine, Kombouaré…

 

Le jeune kanak a mal, seul, au fond du nakamal,

La douleur du crapaud, la couleur du drapeau,

Le dégoût des couleurs, ça n’se dispute pas

Les coups, les douleurs ça n’se discute pas

Par manque de Loyautés, le sort de sa Terre l’atterre, sa terre il l’aime

Et même si pour les gens blêmes, les emblêmes sont un problème,

La solution est dans la dilution, c’est la seule condition,

Le respect pour rester en paix, l’accord à passer pour l’avenir

Et pour hymne, quel autre que l’hymne à  l’amour

Pour que les gens s’aiment et dans les champs sèment…

 

Le jeune kanak a mal, seul, au fond du nakamal

Car qui que l’on puisse être, on a tous des ancêtres

Des Dieux, des Vieux, des Maîtres, voués à disparaître.

Si le sang des grands-pères réchauffe autant la terre,

Soyons donc solidaires contre l’effet de serre,

Réchauffons plutôt la planète avec nos petites nénettes

Mélangeons nos cultures avec un souffle d’air pur

Métissons nos futurs, un dessein qui perdure

Savoir tendre la main pour un destin commun,

Faisons ce qu’ « Ile » nous semble, un avenir ensemble…

 

Le jeune kanak a mal, seul, au fond du nakamal,

Echoué sur un haut-fond, au fond, il est si mal,

Mal de mère, sans repère, comment se mettre en selle,

Autant tirer l’échelle, allez remettez-moi un shell…

 

Le jeune kanak a mal, le jeune kanak a mal, le jeune kanak a mal…

 

Un vieux slammeur,

de Laurent Ottogalli 

 

Un vieux slammeur, c’la meurt vieux…

C’est l’seul avantage du grand âge,

Voir l’crépuscule de son opuscule

Parc’que tu parles, quand t’as cent ans

Ça s’entend quand tu parles,

Des problèmes d’articulation,

Remarque, dans cette société en général

On souffre tous de nos petites raideurs…

S’économiser, c’est capital,

Mais j’en vois plus l’interêt, la grandeur…

Désargenté, le signe des temps,

Les tempes argentées… ma peau s’détend,

Ma peau s’assèche, devient à rides

L’heureux pli sur soi-même ?

Se sentir plus vieux, même quand il fait beau…

Voir le temps gris venir, s’assombrir l’avenir

 

Pourtant j’ai toujours le même air

Enfin, c’est ce que disent celles qui, un jour, m’aimèrent,

Moi, j’me sens moins jeune sans celle qui m’aimait

Mon amie, ma muse, ma mie,

Ma mie régalait mes papilles,

Voyez dans quel état c’la m’a mis..

Mon amour devait être trop épais

Enfin tant que vous m’aimez

C’est qu’elles font de l’effet mes rides…

A une vie pépère veiller,

Mais continuer à m’émerveiller…

 

Autrefois le Petit Prince, sans rire,

Pas de saint-Ex, d’la syntaxe,

J’pouvais faire tenir l’monde entier dans un vers

Aujourd’hui, le grand-père d’la grammaire

J’dois bien l’faire tenir dans un verre mon dentier…

Et quand même, aujourd’hui celle qui partage ma couche, change ma vie

D’un continent à l’autre…

Demain, celle qui partagera ma vie devra changer ma couche… d’incontinent la pauvre…

 

Pourtant, vieillir, c’est simple, c’est mettre au passé les phrases qu’on disait au futur,

La vieillesse n’est qu’un passe-temps, la jeunesse passe-t’en…

On vieillit tous à la même vitesse, y a rien qui presse,

J’ai commencé plus tard que vous, les envieux,

Un peu plus tôt que vous, les futurs vieux…

Et si la valeur n’attend pas le nombre des années,

N’attendez pas des années pour les mettre en valeur,

Prenez votre envol de bonheur, on n’sait jamais,

Plus tard s’ra p’têtre trop tard, ou bien jamais,

Mais j’veux pas jouer les oiseaux de malheur :

Un grand-père OK, mais un grand-père vert,

Alors pour rester dans les annales de la tradition orale

Je pratique ce vieil art : parler debout, brûler la chandelle,

Mais pas un cierge, triste cire,

Même si mon corps peut encore s’appuyer

Sur un solide bâton, sur ma canne,

Plus question à mon âge, qu’à la Vierge, je m’adonne…

Les bras en croix, je crois que je ne crois plus en rien

Vous m’croyez pas ?… ma foi, les bras m’en tombent…

Le reste aussi, oh ! si… ma fesse est lasse,

J’m’affaisse hélas, m’efface à l’aise, la classe des vieux

Et laisse la place à la jeune classe.

Désarticulé, vautré, rassis, dans un fauteuil croûlant,

J’me suis mis à la porte… du Père Lachaise

Tout près de l’entrée, pour ma sortie,

Je ferme les yeux, je repère les lieux

Pour juste après, quand je ne s’rai plus vieux

Quand j’s’rai aux cieux avec mes aieux,

Aujourd’hui l’orant, des deux mains,

Dès demain, le gisant, et crois-moi :

Ca va pas mieux en le disant.

S’il est content et que plaise à Dieu, ,

Ptêt qu’j’aurai l’temps d’faire mes adieux,

Mais j’crois pas, enfin, j’crois plus, j’vous l’ai dit..

 

Un vieux slammer, c’la meurt vieux

 

Guère de religions,

de Laurent Ottogalli  

 

 

Par le Coran le sang verset,

Les «sus à l’ennemi» narrer,

Sur la Torah se lamenter,

Plus de Shoah, coloniser,

 

Par la Bible un peu psaumé,

Et tous ceux qui ont cru s’y fier,

Peu Orthodoxe société,

Pope-musique mal orchestrée,

 

Jusqu’au-Bouddhiste acharné, 

Et ce qui ne veulent, pacifiés,

Hindou rêve fanatisé,

Et l’amour vache décharné,

 

Par les Protestants massacrés,

Et contre ces paroles sacrées,

Envers et contre ces consacrés,

Aux verres je veux me consacrer,

 

Je préfère boire en vérité,

Dans un joli service athée

Je préfère croire en vanité,

Et boire jusqu’à satiété…

 

 

Prof d’amour

de Laurent Ottogalli  

 

 

J’avais appris des mères le jour,

Parant de mes plus beaux atours,

J’avais même offert des discours,

Y mettant un ruban autour,

Sans savoir ce qu’était l’amour.

 

J’avais bien appris tous les jours

Les textes du cahier du jour,

De la France les contours,

De la France les grands jours,

Mais jamais de leçon d’amour.

 

J’avais bien appris qu’un beau jour,

Si je suivais bien tous les cours,

Calculer du cercle le tour,

Je ferais du monde le tour,

Mais jamais de leçon d’amour,

 

J’avais bien appris dans la cour

Sous les drapeaux au petit jour

Que l’ennemi rodait autour,

Qu’arrive de la gloire le jour,

Mais jamais de leçon d’amour.

 

Autodidactes de l’amour,

On apprend un peu chaque jour,

Mais on apprend surtout le jour,

Où l’on découvre, seul, à son tour,

Qu’il ne rime plus avec toujours.

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