Portrait

J’ai appris qu’avec l’écriture je pouvais exprimer le monde qui m’entourait, qu’il s’agissait d’un simple paysage, d’un visage, ou d’un fait rapporté par ce monde et même d’une odeur, d’un plat de cuisine… Bref, j’ai appris qu’avec la poésie, je pouvais m’exprimer sur tout ce que je sentais, écoutais, goûtais. Elle prenait alors la fonction d’un reflet de ce dehors qui m’entourait.

Puis, j’ai appris que je pouvais braver les normes de la poésie dite «classique», celle que l’on nous enseigne à l’école (rime croisée, décroisée, alexandrin…)

J’ai su que la poésie ce n’était pas seulement cela, que l’on pouvait jouer à l’infini avec les mots et que la poésie n’avait aucune limite.

Voici l’expérience que j’entretiens avec la poésie et que je voudrais partager avec le plus grand nombre pour la faire sortir des à priori qui lui colle à la peau, dans le genre : la poésie c’est pour les filles, c’est uniquement pour les amoureux… C’est trop compliqué, il faut chercher les mots dans le dictionnaire…

Il s’agit d’un moyen d’expression qui peut être source de «délivrance» dans la mesure où la poésie permet d’extérioriser des pensées profondes parfois difficiles à libérer. La poésie est source d’imagination et de création.

C’est le visage que je voudrais transmettre de la poésie, un visage synonyme de LIBERTE.

Pour une bonne partie de la jeune génération, la poésie reste quelque chose de figé, de très «scolaire». J’essayes donc de rapprocher les jeunes de l’écriture poétique, ou de l’écriture tout court, sachant ce qu’elle peut leur apporter, notamment la liberté d’expression. Parmi eux, peut-être que des vocations naîtront, qui sait ?

Voici en quelque lignes, la pierre que je souhaites apporter à l’édifice de ce pays, d’où l’entreprise de mon écriture, des mes interventions et publications qui me permettent de partager cette vision et d’inspirer le plus grand nombre, je l’espère.

 

Paul Tan Wamo

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Paul n’avait pas du tout anticipé sa carrière d’artiste. C’est en 2001, lors des Journées de la Poésie kanak qu’il rencontre son futur éditeur, Frédéric Ohlen, impressionné par le jeune homme qui se met à lire un texte de sa composition devant l’auditoire. Ils entretiennent depuis une relation de l’ordre de la « filiation spirituelle ».

En 2004, Paul obtient un poste d’enseignant de langue drehu au collège, mais ses différents rôles (coutumier, enseignant, artiste) sont difficilement conciliables. Ne pouvant abandonner « le chemin coutumier », d’autant plus qu’il est promis au statut de chef de clan, passionné par l’écriture, il fait le choix de mettre fin à sa carrière d’enseignant.

Paul, « courageux, généreux, sincère », selon Frédéric Ohlen, continue de surmonter les obstacles. Il doit surtout articuler au mieux son statut coutumier à celui d’artiste moderne, deux statuts qui s’opposent parfois, car si la parole est régulée et contrôlée dans le premier cas, elle est très libre dans le second. Pour Paul, le slam, cette expression artistique de la poésie chantée, l’a « sauvé », détourné des mauvais chemins qu’il prenait dans certains quartiers nouméens.

[Article de Sarah Bellec]